jeudi 11 février 2021

Podcast ADN N°29 : Marc Bloch, témoignage d'une étrange défaite

(Durée 02 : 54 : 43)
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Daniel Schneidermann est le présentateur d'Arrêt sur Image, une émission critique des médias, comme La Cellule est critique des jeux de rôle. C'est lui qui invite quiconque veut être commentateur de son temps à lire "l'étrange défaite" de Marc Bloch. Et si le journaliste conseille la lecture de l'historien, c'est parce que Marc Bloch n'est pas n'importe quel historien : c'est un historien du temps présent...
 

Cette semaine, en compagnie d'Alice, de Fabien et de Flavie, je vous fais découvrir Marc Bloch : un historien, un résistant, un patriote, un esprit critique visionnaire. Quelle est l'histoire de Marc Bloch et quelle est l'Histoire selon Marc Bloch ? La subjectivité est-elle l'ennemie de l'objectivité ? En quoi Marc Bloch est-il un précurseur de l'idée que le système est important ? Qu'est-ce que l'étrange défaite ? Pourquoi Marc Bloch est-il si tristement d'actualité ? En Marc Bloch, La Cellule trouve un nouveau mentor et un nouvel espoir...
 
Bonnes semaines à tous et à toutes, jouez bien et, surtout, portez-vous bien !

13 commentaires :

  1. Un grand merci à Flavie, Alice et Fabien pour leurs commentaires et leurs questions !

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  2. magnifique! c'est grâce à d. schneidermann que je vous découvre. merci à lui, bravo à vous!
    d'autre part, je n'ai rien à voir avec les jeux vidéo...

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  3. Impatient de lire cet ouvrage qui ponctue le tract "De la démocratie en pandémie", de Barbara Stiegler, philosophe et universitaire, tout petit ouvrage très récent qui suggère que le mot pandémie est inapproprié dans ce que nous traversons actuellement, à moins que ce mot serve en fait à remplacer le système dans lequel nous vivons (du moins jusqu'à présent le semblait-il) : la démocratie.

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  4. La gloire !
    https://www.arretsurimages.net/chroniques/le-matinaute/contaminations-letrange-baisse

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  5. 1/3 - Il y a un point sur lequel je voudrai revenir. Je suis d'accord avec la plupart de ce que vous avez dit, ce podcast est passionnant et il est important de rappeler le parcours et le rôle de Marc Bloch, mais il y a un argument qui revient souvent dans vos échanges et qui me semble soulever un réel problème, c'est cette notion de « pensée critique ». En effet cette idée me semble être responsable d'une bonne partie des faux débats qui s'organisent aujourd'hui autour de la crise écologique notamment et de la guerre dans laquelle nous sommes plongés en raison du modèle de société qui est le nôtre. Car cette crise nous oblige à passer d'un monde où on croyait justement qu'on « pensait » le monde, que le réel était défini par des opérations intellectuelles, et notamment par la pensée scientifique, vers un monde où nous devons d'abord faire l'effort de décrire ce qui nous relie très concrètement aux autres et au reste des vivants et ce qui compose la zone critique, cette couche de vie qui recouvre la planète (Gaïa comme l'appelle Lovelock).
    Le monde occidental s'est distingué des autres sociétés en avançant l'idée que les Occidentaux étaient dotés de cette pensée rationnelle qui faisait défaut aux autres peuples. On sait aujourd'hui notamment depuis les travaux de Jack Goody que cette idée est fausse, mais elle a fait les beaux et surtout les tristes jours du colonialisme, colonialisme qui est loin d'être fini car les sociétés industrielles continuent allègrement de piller les autres sociétés et leurs "ressources" (un autre mot abominable). Se référer aujourd'hui à un discours qui distingue la pensée critique d'une forme de pensée qui serait non critique, naïve, irrationnelle, revient ni plus ni moins qu'à reprendre les structures de base de ce discours colonialiste (qui s'illustre aussi dans le sexisme notamment). Les différences au sein de notre société ne sont pas liées à des manières différentes de « penser », il n'existe pas de pensée rationnelle et de pensée irrationnelle, les différences sont liées aux manières différentes de construire très concrètement nos liens avec les autres, qu'il s'agisse des humains ou des non humains. Cette nécessité d'abandonner ce discours sur la "pensée critique" est d'autant plus important qu'il entretient l'idée fausse et particulièrement problématique qu'il existerait deux fronts, celui de la pensée critique et celui de la pensée non critique/irrationnelle, de la crédulité. Mais dans le monde d'aujourd'hui, les débats n'opposent jamais deux fronts. Cette conception des débats opposant deux fronts est précisément ce qui arrange ceux qui veulent nous faire croire que nous n'avons le choix "qu'entre la lampe à huile et la 5G", qu'entre "ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien" (tout le monde sait qui est le crank qui profère quotidiennement ce genre d'ânerie). Dans les faits nous avons une multitude de choix qui sont liés aux innombrables capacités à relier les êtres entre eux pour composer des sociétés qui ne doivent plus se limiter aux seuls humains (et surtout pas aux seuls riches) mais qui doivent inclure les innombrables non humains sans lesquels nous ne pouvons exister car ces virus qui nous posent aujourd'hui problème sont des êtres avec lesquels nous devons vivre, qui ne sont pas des ennemis — c'est nous l'ennemie, le martien qui croit pouvoir décimer des sociétés entières de vivants pour prendre leur place et comme les Martiens de Wells nous semblons surpris de prendre une raclée.

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  6. 2/3 - Cette raclée aurait pu être sans doute d'un certain point de vue la meilleure des choses qui puisse arriver, il est juste dramatique qu'elle frappe les plus fragiles au lieu de décimer les rangs de ceux qui organisent vraiment la destruction de cette planète, la clique des cranks qui viennent nous sommer de choisir entre la lampe à huile et la 5G. Mais pour pouvoir composer ces collectifs de vivants en incluant les non humains, il faut laisser à ces êtres la capacité de négocier entre eux les manières dont ils veulent se lier les uns aux autres.
    Or ceux qui se considèrent comme les élites ne veulent surtout pas distribuer cette capacité à prendre la parole et à décider de l'avenir commun en commun justement. Macron veut nous faire croire que le choix ne peut revenir qu'à quelques élites éclairées et que les choix sont toujours entre ce qu'il prône et le reste qu'il renvoie à un deuxième front qui masquerait en fait toutes les différences riches et subtiles qui existent au sein du débat public.
    Je prends un autre exemple très actuel. Aujourd'hui on ne cesse de voir des gens s'opposer sur le port du masque ou sur les vaccins. Porter le masque reviendrait à accepter le diktat de Macron et accepter d'être vacciné reviendrait à accepter la loi des labo pharmaceutiques. La réalité est bien plus complexe. Il y a encore quelques moins les masques étaient interdits. Je porte un masque non pas parce que j'accepterai le discours du gouvernement mais parce que depuis le départ je refuse précisément le discours de ces gens qui se sont montrés totalement incohérents et pire incompétents dans la gestion de l'épidémie et parce que je sais le prix des contacts entre personnes dans un monde où circule un virus qui ne devrait pas circuler ici (mais qui est parfaitement utile ailleurs). Le problème ne se limite donc pas à un débat entre pro-masque-pro-Macron et anti-masque-anti-Macron, mais entre ceux qui portent un masque par solidarité avec leurs concitoyens et ceux qui croient à une idée de liberté qui est précisément la même que celle soutenue par les réseaux qui composent la Macronie, ces gens qui estiment avoir le droit de débarquer à l'autre bout de la terre, de tout saccager pour en faire de l'argent sans se soucier des désastres qu'ils provoquent et qui vont notamment conduire à des épidémies. Macron n'oblige pas les gens à porter le masque pour des raisons d'abord sanitaires sinon il mettrait fin à toute une série de projets de destruction de la nature qu'il continue de soutenir et il mettrait fin à la destruction des services publics et de l'hôpital qu'il continue de démanteler comme on gourou fanatique continue de défendre son discours pourtant démontré faux par "l'échec de sa prophétie" (et la prophétie macronienne est une longue série d'échecs digne d'une étude comme celle de Festinger, l'auteur de When Prophecy Fails). Simplement Macron oblige les pauvres à porter un masque alors que dans le même temps il permet à ses amis très riches de continuer à détruire la planète comme bon leur semble. Les très riches continuent de voyager, de se déplacer comme bon leur semble sans rencontrer jamais le moindre gendarme ou policier qui pourrait les verbaliser parce que ces gens vivent dans un monde totalement à part, coupé du monde réel. Ils ont leurs jets, leurs cliniques, leurs écoles, leur réseaux parallèles qui ne rencontrent jamais les réseaux de la société civile. Pour tout dire ils vivent déjà sur Mars et sont surtout en train de transformer la terre en planète Mars.

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  7. 3/3 - Le drame n'est donc pas de devoir porter un masque mais de devoir porter un masque pour permettre à quelques un de continuer leur pillage et leur destruction de la nature qui aura pour résultat concret la multiplication de ces épidémies. Macron n'oblige donc pas les gens à porter un masque pour tenter de mettre fin à l'épidémie mais d'abord et avant tout pour permettre aux grandes industries de poursuivre leur destruction de la planète (Montagne d'or etc). Il est donc primordial d'instaurer (comme le font les associations qui se substituent de plus en plus aux services publics totalement défaillants) des débats dans notre société qui restituent la réalité de ces fronts multiples qui sont ouverts par le constat de la crise écologique et par le caractère profondément pathologique du mode de société qui est le nôtre.
    Et cela revient à nous obliger à inventer un vocabulaire nouveau pour décrire les manières de reconstruire d'autres types de collectifs afin de tenter de préserver le vivant sur cette planète. Ce n'est certainement pas, à mon avis, la notion de pensée critique qui peut permettre de décrire la complexité du réel décrit par la crise écologique. La notion de pensée critique est un héritage du colonialisme et d'un rationalisme totalement hors-sol qui a basculé ces dernières décennies dans la haine du populaire et dans une défense aveugle des intérêts des grandes industries comme Monsanto (il suffit de regarder le genre de vidéo que produisent les zététiciens pour voir qu'ils ont choisi un camp qui n'est pas celui de l'intérêt général ni celui de la science mais celui de quelques grandes firmes parce que ces gens n'ont rien compris aux pratiques scientifiques et confondent rationalité et destruction du vivant en radicalisant le vieux discours sur l'« arrachement à la nature »). Nous devons donc remplacer cette catégorie dépassée de pensée critique par un autre concept qui rende possible les descriptions des liens qui nous permettent de recomposer des sociétés de vivants respectueuses les uns des autres, conscientes que leur existence passe par l'existence des autres sociétés de vivants. La question n'est plus "comment pensons-nous" mais "à qui devons-nous être reliés" et "comment nous relier" de manière à composer des mondes qui n'aboutissent pas au délire mise en place par la société occidentale qui à force de vouloir s'arracher à la nature provoque la destruction de cette nature mais aussi et surtout sa propre destruction, en commençant bien sûr par la destruction des plus pauvres et des plus fragiles.
    Désolé pour ce long message.

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  8. Désolé pour une raison que j'ignore, mon nom ne s'est pas affiché en tête des trois messages qui précèdent.

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  9. Tu tapes là où ça fait mal, en plein dans l'impensé de ce podcast. Je manque cruellement d'un terme pour caractériser le type de pensée critique que je cherche à encourager. Parfois avec Flavie nous parlons de "pensée complexe". J'entends "critique", ici, au sens ou l'emploient souvent Fabien, "critique artiste", "critique de soi", de son mode de vie, etc. Je définis parfois "ma pensée critique" comme la critique à mener, l'analyse, qui permet d'établir ses déterminismes et, si cela est souhaitable, de pouvoir s'en séparer. Le terme "prendre du recul" conviendrait bien. Il est vrai que dans le podcast, je confonds ce type de pensée avec l'esprit critique des lumières... et je réalise en te lisant que cette esprit critique là est déjà trusté par les adeptes du "grand partage". Comment tu définirais cette critique là ? la pensée ethnographique ? la pensée philosophique ?

    Je sens bien que Marc Bloch a une façon de pensée les situations que je lui envie (la pensée Fabien, vous dis-je), mais le terme "pensée critique" est effectivement malheureux.

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    1. J'ai le même problème que toi. Ce terme me vient constamment en tête ou quand je discute avec des gens, mais il faudrait inventer une expression qui permette de visualiser ce travail de description, de discussion des liens, de réorganisation des liens selon d'autres règles. Il manque un concept ici.

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  10. A 76 balais, je continue à choisir votre camp les jeunes, merci !

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  11. Merci pour cet échange vivifiant qui me rappelle pourquoi j ai choisi de faire des études d'histoire et d'enseigner les science sociales ! Signé : Une "vieille" prof passionnée d'histoire des mentalités. Votre enthousiasme donne envie de résister !

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