mardi 29 novembre 2022

AntiFa, un échec collectif pour le monde du jeu

 Nous avons réduit cette polémique à une lutte entre la police et les libertaires, à une censure des idées libertaires par l’extrême droite. Les uns, les autres, sur Twitter ou à la FNAC, nous avons tenu à soutenir nos engagements politiques en allant acheter le jeu, en placardant des autocollants antifascistes dans les rayons de la FNAC, en manifestant notre colère sur les réseaux sociaux. Mais à cause du fort clivage entre les idées de l’extrême droite et les idées libertaires, nous sommes collectivement passés à côté d’un véritable débat. 


Résumé très rapide de l’affaire : Hier (28 Novembre 2022), le compte Twitter de la FNAC a fait part de sa volonté de retirer de toutes ses enseignes « AntiFa, le Jeu », un objet ludique dont la couleur et l’emballage sont la lutte pour la défense d’idées libertaires dans la rue. Le compte Twitter de la FNAC répondait alors à une sollicitation d’un syndicat de police qui l’interpellait sur l’hypothétique contenu du jeu. L’éditeur Libertalia n’a jamais caché ses opinions politiques. Quant au syndicat de Police ? Il répond en cours de journée être « apolitique »… Cela aurait déjà dû nous interpeller. Mais nous sommes passés à côté d’un détail et c’est là où, comme à son habitude, se cachait le diable.


Regardez bien ces tweets.

 
 

Avouez-le : vous avez vu des flics et une entreprise de distribution tirer à boulets rouges sur des anti-fa ? Vous aviez raison ! C’est bien ce qu'il s’est passé… sauf que vous avez raté le deuxième cadavre. Là, regardez bien : « le jeu ». « Le jeu » écrit entre guillemet ! Le jeu, étendu sur le sol de l’antichambre de votre dispute, comme s’il s’agissait d’une vulgaire chaussette oubliée !

 
Pour moi, qui suis créateur de jeux politiques depuis plus de quinze ans, le scandale n’était pas uniquement dans la censure d’un jeu libertaire par l’extrême droite. Franchement, on a tous fait un peu semblant de s’en étonner. Ils jouent leur partition, nous jouons la nôtre. C’est un rapport de force. Rien d’anormal. Mes propres jeux ont parfois été censurés dans des associations, ça n’a pas fait la une de la presse pour autant. Le scandale est là. Une fois de plus, on a voulu dépolitiser un domaine de la vie publique : le jeu.


Il est évident quand on relit les tweets à l’origine de cette polémique que ce qui pose problème, c’est autant les idées libertaires que le fait qu’elles soient défendues par un « jeu ». Le mot « jeu » est entre guillemet, comme dit la chanson, c'est peut être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup ! Or, Au Poste, en regardant l’émission de David Dufresne, je n’ai entendu à aucun moment le débat s’ouvrir sur ce sujet. 



Ma Question est simple : le compte twitter de la FNAC, sur ce même sujet, aurait-il pris la décision d’interdire la vente d’un livre libertaire ? voire, d'interdire la vente d'un livre écrit par un universitaire sur le sujet ? La réponse est « non ». C’est donc bien le fait qu’il s’agisse d’un jeu qui pose ici problème. Et, hier, à part sur quelques réseaux concernant le jeu de rôle, je n’ai pas vu ce débat exister en place publique. C’est pourtant le débat de fond pour moi !


Rappelez-vous, il n’y a pas si longtemps, nous nous étions collectivement étonné(e)s que le Président de la République veuille dépolitiser le sport. Ici, nous assistons au même phénomène. Des gens veulent « dépolitiser » le jeu de société. Nous avions eu un débat similaire quand Jean-Luc Mélenchon avait critiqué le fond du jeu vidéo Assassin’s Creed. Certaines personnes s’étaient élevées pour dire : « c’est pas politique, c’est un jeu-vidéo ! » Le vrai scandale est là ! Que l’on puisse affirmer au XXIème siècle que quelque chose comme le sport, comme le jeu-vidéo, comme le jeu de société ne doive ou ne puisse pas être politique est proprement fasciste. Et d’ailleurs, c’est ainsi que, quelques heures plus tard, se défend le syndicat de Police. Que nous disent-ils ? Ils nous disent qu’ils sont apolitiques.

 


 

C’est ça, le fond du problème. C’est là-dessus que nous devons attaquer les « apolitiques », les apolitiques du jeu de société, les apolitiques de l’environnement, les apolitique de la politique. On crève de l’anti-intellectualisme en France. On crève de l’anti-politisation. On nous accuse de politiser des choses qui ne seraient pas politique. Mais bon sang, elles le sont ! Le jeu de société - et nous l’avons montré ici même à La Cellule depuis quatorze ans – le jeu de société est politique dans son fondement même. 


Je me répète. Un jeu est un maelstrom : des gens s’assoient autour d’une table pour proposer des solutions à des problèmes. Ça ne vous rappelle rien ? Des gens qui imaginent des situations possibles, assis autour d’une table, pour prendre des décisions collectives sur le cours du jeu. Ça ne vous rappelle rien ? Dans un jeu, il y a des règles. On y a des droits et des devoirs. Ça ne vous rappelle rien ?! Vous conviendrez avec moi que le jeu de société ressemble bel et bien à une activité très politique. Le jeu réunit des gens de tous âges, de toutes confessions religieuses, des gens en tous genres, etc. depuis des millénaires. Le jeu est politique depuis ses origines mêmes. Il était utilisé par des oracles pour déterminer du destin de la communauté. Bon dieu ! On a assassiné le jeu et tout le monde s’en fout ! Son corps gît sur le sol au milieu d’un affrontement entre les libertaires et les CRS. C'est l'éléphant dans le couloir.


Depuis des années je suis confronté à ce public, ceux qui me disent que le jeu est un divertissement. « On est là pour s’amuser, pas pour réfléchir. » « On est pas là pour se prendre la tête. » Combien de fois ai-je entendu cette phrase prononcée dans la conversation ou autour d’un  jeu de société ? Le monde du jeu a une responsabilité dans cette affaire. Car dans sa volonté de se présenter comme un divertissement, c’est-à-dire dans sa fuite des questions existentielles ou politiques au lieu de se présenter comme un média le jeu s'est apolitisé, il s'est décrédibilisé.

 

 

Nous, le monde du jeu de société, sommes collectivement responsable de la censure d’AntiFa, le jeu. Car, à force de prôner que le jeu sert à se détendre et qu’on-est-pas-là-pour-réfléchir, on finit par devenir cons ! Par être pris pour des cons. C'est-à-dire des gens que l’on peut retirer des rayons d’un supermarché, parce que ce sont des clowns nés pour nous divertir et non pas pour nous faire réfléchir. C’est parce que nous ne nous prenons pas au sérieux, nous, créateurs de jeu de société, auteurs de jeu de rôle, que la société ne nous prend pas au sérieux.


Et attendez ?! L’antifascisme du jeu AntiFa n’est qu’une couleur… Ce n’est qu’un emballage, pour un jeu dont les mécaniques en soi n’ont rien de subversives. Mais attendez que les syndicats de police tombent sur Dog Eat Dog de Liam Liwanag Burke : un jeu dans lequel l’arbitre de la partie est le joueur ou la joueuse ayant le plus d’argent… le plus d’argent, en vrai… IRL. Oui ! Dans le jeu de Liam, les joueurs doivent montrer leur fiche d’imposition avant de jouer, pour bien révéler aux participants que l’oppression des uns sur les autres, n’est pas qu’une mécanique dans le jeu, mais qu’il s’agit aussi et surtout d’une mécanique à l’œuvre en dehors du jeu. 

 



Et attendez que les policiers tombent sur TACEO, du projet-Evasions. Un jeu dont le projet est de nous aider à faire face à un interrogatoire de police ? Que représente « AntiFa, le jeu » dans la lutte contre le fascisme, en comparaison du jeu de société lui-même ? Demain, si le jeu se relève, s'il cesse d'être la vieille chaussette oublié dans le couloir, s'il cesse de se maquiller derrière le divertissement, pour apparaitre tel qu’il est, c'est-à-dire comme un média à part entière, le jeu de société pourrait devenir une solution politique, comme a très bien su nous le montrer Antoine Morgenthaler, dans son essai sur le jeu de rôle



 

La polémique a été analysée comme étant un affrontement entre des fascistes et des antifascistes. L'autre affrontement se trouvait une fois de plus dans la confiscation de la parole politique à un domaine de la vie publique. Hier le sport, aujourd’hui le jeu, demain, vous verrez c’est la politique qui ne sera plus politique. Le problème de fond, c’est que nos clivages, nos oppositions, nos polémiques, nos positions binaires sur les réseaux sociaux, nous masquent l’ampleur du désastre. Le désastre, c'est cette apolitisation rampante qui n'est qu'un autre nom du fascisme. 

 

Nous devons retrouver nos couleurs, nous re-politiser, re-politiser le monde du jeu de société et le monde du jeu de rôle. Pour ça, il faut que nous apprenions à nous engueuler autour d'une table, dans le cadre des règles du jeu. Et je suis certain qu'en cette matière le jeu de société à un grand rôle à jouer.

jeudi 10 novembre 2022

Podcast ADN N°31 : Le rôle du journaliste, avec Daniel Schneidermann

 

(Durée 01 : 48 : 50)
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"T'es le Schneidermann du jeu de rôle" qui m'dit ! C'est une insulte ou pas ? Et bien j'ai voulu-y-aller-voir. Il est quoi ? 15h30, un truc comme ça. Paris. Deux portes. Une à gauche, une à droite. Je sonne. A l'interphone, la petite voix fluette d'un retraité de 64 ans : "On est au deuxième". Naturellement, je tente la porte de gauche... Le type est de gauche, oui ou non ? Eh bien non, c'est celle de droite. Surprenant. Enfin, je monte. J'installe mes micros. Il tente de me faire un café. Échec critique. On se rabat sur une bière... et ça commence comme ça...

 

***

 

Depuis les célèbres Aventures de Tintin, le journaliste est indéniablement un objet de la pop culture. Quiconque connait le jeu de rôle sait pertinemment que, depuis 1981, il y a régulièrement des journalistes répondant à l'Appel de Cthulhu. Mais bien avant d'être un investigateur du Mythe, le journaliste est d'abord un investigateur tout court, un globe-trotteur, un reporter à la recherche de l'événement ou de la vérité...

 


Cette semaine, je suis en compagnie de Daniel Schneidermann, journaliste critique des médias et fondateur d'Arrêt sur Image. Renvoyant aux interviews données à Thinkerview, RFL101 et David Dufresne, je fais l'impasse sur sa biographie pour l'interroger sur son rôle de journaliste. Pourquoi et comment est-il devenu journaliste ? Qu'est-ce qu'un journaliste critique des médias ? Quel sens donne-t-il au terme critique ? Quelle est sa vision de l'indépendance ? Quels sont les liens entre son travail et celui de Marc Bloch ? Quelle différence fait-il entre le fait et l'événement ?


Merci à toutes et à tous ! Portez-vous bien et surtout jouez bien !

vendredi 4 novembre 2022

Présentation de The Forge, sur la chaîne de Gogots

Il n'y a pas eu de podcast cette semaine, mais grâce à Gogots, vous pouvez découvrir ma présentation de The Forge. Pour mémoire, Gogots est un graphiste qui propose des cartes, des maps, pour jouer à des jeux d'aventure sur sa page Patreon. C'est aussi un passionné de jeu de rôle et un auditeurs fidèle de La Cellule.

 


 

Pour ce live, Gogots s'intéresse à The Forge, un forum américain consacré au jeu de rôle indépendant et sur lequel de nombreuses théories ont émergées. Qu'est-ce que The Forge ? Quels en sont les auteurs et autrices emblématiques ? Qu'est-ce que le Big Model ? Grâce au soutien intellectuel indirect de Christoph Guillaume Boeckle, je tente de vulgariser pour Gogots quelques concepts hérités de The Forge


Un grand merci à Gogots pour cette invitation ! Un grand merci à Christoph pour tout le matériel apporté en préparation de cet entretien, notamment cette conférence qui me sert de référence. Si vous aimez ces tables rondes n'hésitez pas à les liker, à les partager, à vous abonner à la chaîne et à soutenir l'activité de Gogots sur Patreon. Vous pouvez aussi retrouvez cette table ronde, où nous parlions de critique de jeu et celle-ci dans laquelle il était question de l'indépendance en matière de jeu de rôle.

 

A très bientôt tout le monde. Portez-vous bien et, surtout, jouez bien !

jeudi 20 octobre 2022

Podcast One Shot N°97 : Résonance, d'Antoine Morgenthaler

 

(Durée 02 : 03 : 18)
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Dans Résonance, deux participants et/ou participantes, le Rêveur et l'Autre, discutent et se partagent la narration à seule fin de décrire un rêve. A l'aide d'un réseau de symboles, de quelques jetons, au sein d'un dispositif proche du freeform, le Rêveur et l'Autre s'assurent d'avancer l'Un vers l'Autre...

 


En compagnie de Jérôme, Yoann, Flavie et Tommy, Antoine Morgenthaler nous présente Résonance. Quelles sont les thématiques de ce jeu de rôle ? Pourquoi avoir choisi le rêve pour les illustrer ? Quels sont les objectifs du jeu ? Question somme toute paradoxale, nous le verrons ! Car ce jeu ne semble pas avoir d'enjeux... Mais est-ce le jeu ou est-ce le rêve qui ne doit pas avoir d'enjeux ? Qui est l'Autre qui est le Rêveur ? Qui rêve ? Dans quels ouvrages Antoine a-t-il puisé ses inspirations ? De quels autres jeux de rôle s'est-il inspiré pour créer ce jeu onirique ? De This Game Contains Absolutly No Triggering material en Prosopopée, Résonance pose une nouvelle pierre dans le Jardin des Esprits...

 

Merci à toutes et à tous ! Nous devrions nous retrouver, le jeudi 10 Novembre. D'ici là, je vous souhaite de bonnes vacances de la Toussaint. Portez-vous bien et surtout jouez bien !

jeudi 29 septembre 2022

Podcast One Shot N°96 : Ex-Nihilo, jeu de rôle, de cartes et de stratégie ?

 

(Durée 02 : 16 : 57)
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Ex-Nihilo est un jeu de création de cartes, de mondes et d'histoires. A la croisée des chemins, entre le jeu de rôle et le jeu-de-cartes-à-jouer-et-à-collectionner (ou Trading Cards Games, TCG, comme Magic, Pokémon et Yu-Gi-Ho!, pour ne citer qu'eux), ce jeu propose aux joueurs et aux joueuses de créer leurs propres cartes. Ces cartes représentent des lieux, des objets, des personnages, des événements, etc. Une fois assemblées, 36 cartes donnent naissance à un monde. Chaque joueur dispose de son propre monde et, avec celui-ci, doit réaliser un objectif fixé par les quatre dieux d'Ex-Nihilo... 

 


Qu'est-ce que Ex-Nihilo ? Quel challenge propose-t-il ? Ex-Nihilo est-il un jeu compétitif ? Est-il un jeu poétique ? Ou les deux à la fois ? Cette semaine, Antoine Morgenthaler vient à La Cellule avec pour projet de parler des stratégies propres à Ex-Nihilo. Tommy, Yoann, Yann K, Damien, Jérôme S et Flavie échangent avec lui et révèlent pour nous les subtilités de leur card building (comment ils ont créé chaque carte) et de leur deck building (comment ils ont envisagé leur monde comme un assemblage de ces cartes). Mais Antoine va plus loin. Il analyse les cartes à l'aune de sa vision du jeu, nous révélant des stratégies narratives beaucoup plus surprenantes...

 

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Dans le podcast, de nombreuses allusions sont faites à ces deux vidéos. La première présente une partie d'Ex-Nihilo en compagnie de Yoann Fichet.


La seconde vidéo est un commentaire de cette partie en compagnie de Yoann également. Cette vidéo avait également pour objectif de présenter le potentiel du jeu. A cette époque, nous n'avions pas fait suffisamment de parties pour aboutir aux réflexions proposées par Antoine dans le podcast.
 

Le jeu est gratuit et restera en bêta ouverte. Vous pouvez dés à présent le télécharger en PDF sur le site du jeu. Une version papier fournies avec des decks pré-construits est en ce moment même à l'étude, afin de faciliter vos premiers pas dans le jeu. Le forum d'Ex-Nihilo fourmille déjà de decks complets et d'outils pour créer vos propres cartes.
 
Voilà de quoi piquer votre curiosité. En attendant de vous voir tous et toutes aux services des quatre dieux d'Ex-Nihilo, portez-vous bien et, surtout, jouez bien !